PCSCP
Pour les Chambaran SANS Center Parcs

1er novembre 2013 : Lettre à Monsieur le député J.P Barbier - Michelle PISTONE

par PCSCP Stéphane PERON.
Mis à jour le mardi 12 novembre 2013

Lettre ouverte à Monsieur Barbier, député.

Vous m’envoyez régulièrement votre lettre circulaire et je vous en remercie. Il est toujours bon de connaître l’activité du député qui vous représente, même si l’on n’a pas voté pour lui.

Les bois à Roybon.

Le bois des Avenières à Roybon, fait aussi partie du patrimoine.

Voilà les quelques lignes que, dans la « Newsletter » du mois d’octobre, - pourquoi cet anglicisme ? - vous consacrez aux « Journées du Patrimoine » : « Durant le week-end des 14 et 15 septembre à l’occasion des journées du patrimoine, j’ai sillonné les 8 cantons de la 7ème circonscription. De magnifiques rencontres et un nouveau succès pour ces journées. Le patrimoine n’est pas qu’une passion du passé, c’est d’abord une passion du vivre ensemble, une passion de la connaissance et du savoir partagé ».

Je sais que vous vous intéressez au patrimoine pour vous avoir rencontré à Chatonnay à une exposition peintures-photos, à St Pierre de Bressieux à l’assemblée générale de l’association « Mémoire de Bonnevaux » et, il y a quelques semaines, dans la charmante petite chapelle des seigneurs de Grolée à Viriville.

Comme vous avez raison de remarquer : « le patrimoine n’est pas qu’une passion du passé » et j’ai eu plusieurs fois l’occasion de vous faire part de mon inquiétude et de mon indignation quand je vois la menace qui pèse sur le Bois des Avenières à Roybon patrimoine naturel d’aujourd’hui.

Des bois concédés par le Dauphin, aux Roybonnais.

Les bois de Roybon ont un statut un peu particulier. En 1294, le Dauphin Humbert Ier, et Anne son épouse, créent la Villeneuve de Roybon. Ils octroient, aux habitants qui viendront s’y installer, une charte de franchise dont l’importance est telle qu’elle va servir de modèle à de nombreuses communautés dauphinoises. Les habitants pourront jouir paisiblement des bois et pâturages que le dauphin leur octroiera. Ils ne paieront pas la taille. Ils pourront couper le bois et le vendre, défricher, chasser. Certains prétendent même que Roybon a été le premier territoire où les paysans ont eu droit de chasse, rien n’est moins sûr. Cela avait pourtant servi de prétexte à envisager, avant le Center Parcs, un projet aussi mirifique : Cité Cyné, parc consacré à la chasse, unique en France ! Le projet a fait long feu.

Des bois qu’il a fallu défendre contre la rapacité des seigneurs.

Ce n’est pas sans mal que pendant sept siècles les Roybonnais ont pu préserver ce privilège : contre les seigneurs, contre les verriers, contre les communautés voisines. Quand à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème MM de Tonnerre, de Monteynard et Mme de Menon tentent de priver les Roybonnais de cette jouissance c’est Henri Saint Romme, avocat, qui en 1828 présente un mémoire pour les défendre.

Des bois, qui ont joué, pendant sept siècles, un rôle important pour toute une région.

Jusqu’à nos jours cette forêt a été un facteur, sinon de richesse, du moins de prospérité. Il faut avoir entendu les vieux paysans roybonnais, se souvenant de l’époque où rien du bois des Avenières n’était méprisé : coupes de bois, pour le chauffage bien sûr, avec le système de l’affouage mais aussi pour la pâte à papier, la menuiserie et l’ébénisterie. Les scieries tournaient alors dans la vallée de la Galaure, rivière qui serait bien mise à mal si une ville de cinq mille habitants venait s’implanter dans les Chambarans. De petits artisans faisaient les piquets pour les palissades et les vignes. Les fagots, transportés à Romans, allumaient les fours des boulangers. N’oublions pas la cueillette : la bauche que l’on ramassait pour rempailler les chaises, la brune dont on faisait les ruches en paille, les lattes de châtaignier ou de noisetier pour tresser des paniers. En été, on « faisait la feuille » pour nourrir les animaux en hiver. Il y avait bien aussi quelques chèvres, qui s’égaraient en lisière du bois quand ce n’était pas le gros bétail que l’on y menait paître lorsque les gardes des Eaux et Forêts étaient loin ! Personne n’était dupe, même pas les représentants de l’État !

Aujourd’hui, Les Avenières, libres et gratuites, font le bonheur de tous les promeneurs.

Aujourd’hui, les Avenières restent un bois où les Roybonnais, mais aussi les citadins plus lointains, ont plaisir à venir ramasser les champignons et les châtaignes, cueillir le muguet, le houx, ou simplement se promener et photographier. Et nous devrions aujourd’hui céder ce territoire des Avenières, libre et gratuit, pour que les seigneurs d’un nouveau genre, beaucoup plus rapaces encore que ceux du Moyen Âge, viennent tenter de renflouer leur entreprise ? Pierre et Vacances, société propriétaire des Center Parcs, est en déficit. La fuite en avant devrait résoudre les problèmes… En attendant l’effondrement final ?

Le mirage des emplois créés.

Quels emplois ?

Bien sûr le gros argument pour détruire cet espace public ce sont les emplois créés. Mais de qui se moquent Pierre et Vacances et les élus qui soutiennent cette entreprise lorsqu’ils nous servent cet argument ? Quelques heures de travail par semaine, payées au SMIC, pour les 350 employées – ce sont surtout des femmes – qui nettoieraient les appartements entre deux locations. Travail très dur et très physique qu’il faut faire vite, bien, et où le temps nécessaire est toujours sous estimé. Il suffit de lire le « Le Quai de Ouistreham » de Florence Aubenas qui a travaillé six mois dans de telles conditions et qui nous les rapporte. Le personnel, recruté dans toute la région, passe parfois autant de temps à se déplacer qu’à travailler. L’INSEE nous apprend qu’au Center Parcs d’Hattigny, 30% des premiers embauchés étaient déjà démissionnaires trois mois après l’ouverture et la société doit aller chercher toujours plus loin son personnel.

Pour quel salaire ?

Quelques 300 euros par mois. Ce n’est même pas un os qu’on jette à un chien affamé. Qui, de toutes les bonnes âmes qui vantent ce projet, accepterait de voir sa mère, sa compagne, sa fille, travailler dans de telles conditions ? De nombreuses grèves et procédures aux prud’hommes émaillent la vie des Center Parcs. Monsieur Vallini, lui-même, a reconnu avoir été alerté par la CGT de la mauvaise réputation de cette entreprise. Quant aux emplois plus spécialisés et mieux rémunérés, la société Pierre et Vacances a l’habitude d’employer son propre personnel par l’intermédiaire, souvent, de sociétés amies aussi carnassières qu’elle.

Faire travailler les chômeurs : un dispositif bien huilé.

Les entreprises licencient du personnel pour que la rentabilité permette de rémunérer les actionnaires. Ceux-ci, grâce aux sommes souvent rondelettes qu’ils reçoivent, vont pouvoir investir dans des placements immobiliers défiscalisés comme Center Parcs, augmentant encore leurs bénéfices. Et nous devrions les remercier de faire travailler, pour un salaire de misère, les personnes qu’ils auront contribué à licencier ! Quelques responsables politiques de notre secteur de Bièvre Chambarans, en 2009, consolaient, sans rire, les licenciés de l’usine Schaeffler, en leur promettant une reconversion à Center Parcs ! Quel mépris : proposer de nettoyer des bungalows ou une piscine, de faire garer quelques voitures – même si aucun travail ne mérite dédain - à des ouvriers qui étaient fiers de nous montrer, lors d’une visite d’usine, leur machine et les pièces qu’ils y fabriquaient ! Le groupe Schaeffler, lui, va bien, merci. Après quelques difficultés - quand on veut manger plus gros que soi on peut y perdre quelques plumes - Continental a été digéré, les bénéfices sont revenus. Après avoir glorifié puis détruit le travail ouvrier, ce monde nous impose des métiers tertiaires, " de services " aux touristes, métiers encore plus ingrats et inutiles.

Combien coûteraient de tels emplois ?

Des sommes énormes. Outre les subventions accordées par les conseils général et régional, l’argent dépensé par la Communauté de communes, la ville de Roybon, le syndicat des eaux de la Galaure, il y a « un régime fiscal particulièrement avantageux » que vante sur Internet, Pierre et Vacances dans la publicité pour ses programmes d’investissement immobilier. Et tout ça grâce aux niches fiscales. En 2012, comme le souligne le journal « Capital », Brémond, le président de Pierre et Vacances, a eu des sueurs froides après que le gouvernement ait envisagé de réduire ces avantages. Mais, jouant de son influence auprès des parlementaires, et d’un certain ministre qui aime placer ses économies en Suisse, il a fait prolonger ses niches. Pierre et Vacances peut continuer à annoncer sans vergogne que les investisseurs pourront réduire « de façon très significative la fiscalité et les prélèvements sociaux des loyers sur le long terme » ! Et, c’est à chacun de ces propriétaires que le Conseil général de l’Isère, que vous connaissez bien, Monsieur Barbier, puisque vous en êtes un des membres, va octroyer 7000 euros de subventions, assimilant les « cottages » à des gîtes. On croit rêver !

Faire travailler les chômeurs …. Pour quoi faire ?

Se nourrir, se vêtir, se chauffer, se soigner, ou avoir le dernier téléphone portable, la voiture la plus puissante, venir au Center Parcs dévaler les cascades de l’aquamundo sous les palmiers ? Travailler pour satisfaire les besoins élémentaires de l’homme ou pour faire vivre un monde de pacotille qui pille les pays du tiers monde et les ressources de la planète ? Travailler pour que les entreprises puissent verser au moins 14% de rendement aux actions des fonds de pension ? Travailler pour que les riches – qui donnent du travail aux pauvres ma bonne dame ! – puissent naviguer sur leur yacht, dormir et manger dans les hôtels de luxe ?, À l’hôtel Beau Rivage, de Nice, la chambre coûte 650 euros la nuit. Trente-cinq mètres carrés et trois mètres de hauteur sous plafond, c’est le moins qu’on puisse demander ! À quelques mètres de là se trouve le service social d’insertion de la ville. Combien de SDF pourrait-on loger dans cette chambre « Junior » de l’hôtel de luxe quand on sait qu’à Paris, un travailleur a vécu plusieurs années dans un cagibi de moins de deux mètres carrés ?

« La France qui fait la richesse de notre pays ».

Dans votre intervention du 17 septembre à l’Assemblée nationale, vous glorifiez la France « qui se lève tôt, celle qui travaille, celle qui entreprend et qui fait la richesse de notre pays ». C’est aussi celle qui touche des salaires de misère, qui habite loin de son travail dans des logements parfois vétustes, qui ne peut pas se faire soigner, qui se tait et accepte les conditions de travail qu’on lui impose, parce que ça sert aussi à ça le chômage : faire pression sur les travailleurs. C’est la France de ceux qui devront travailler 43 ans pour toucher une retraite alors que l’espérance de vie, en bonne santé, recule, la France de ceux qui paient le plus d’impôts par le biais de la TVA sur laquelle ils ne peuvent pas tricher, alors que le seul appel à l’aide de l’UMP, pour les 11 millions d’euros que ce parti devait rembourser à l’Etat, aura coûté 7,26 millions de cadeau fiscal.

Nous ne pourrons jamais accepter que ce projet de Center Parcs soit qualifié d’intérêt public.

- On ne peut pas, sous prétexte d’emplois, cautionner la destruction de 200 hectares de forêt, d’une zone humide d’importance, d’un château d’eau qui alimente une partie de la Drôme.

- On ne peut pas puiser l’eau dans des nappes phréatiques dont on sait quelles ne sont pas inépuisables.

- On ne peut pas polluer un air particulièrement pur. ( le 17 octobre 2013, l’OMS note dans un rapport le lien certain entre pollution et mortalité accrue.)

Les chômeurs ont besoin d’un revenu, certes. Mais :

- nous n’acceptons pas qu’on les fasse travailler pour un salaire de misère.
- nous n’acceptons pas que soient détruites les Avenières pour transformer les chômeurs en travailleurs pauvres quand on sait que « La richesse cumulée des 500 premières fortunes de France s’établit désormais à 330 milliards d’euros, et n’a jamais été aussi élevée depuis 1996 » (article du Monde du 10 juillet 2013, vu dans Google).

Payer les chômeurs à ne rien faire coûterait beaucoup moins cher que de détruire la forêt, la nature, la vie. On pourrait, par exemple, leur demander de compter les écrevisses à pattes blanches, d’écouter, les soirs d’été, le murmure du vent dans les feuilles ou, en hiver, le fracas des branches qui s’abattent sous le poids de la neige. Ils pourraient contribuer, Monsieur Barbier, à « la passion du vivre ensemble » aux Avenières, forêt libre et gratuite.

 À Roybon le 29 octobre 2013.


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